Fr | En
Les e-mémoires de l'Académie Nationale de Chirurgie

Arthropathie tabétique du genou : de la neurosyphilis à la reconstruction prothétique

Kacem CHAGAR BELKACEM

Séance du mercredi 16 septembre 2026 (Communications libres)

N° de DOI : 10.26299/8r5r-fq19/emem.2026.38.05

Résumé

L'arthropathie tabétique du genou est une complication tardive et rare de la neurosyphilis, liée à la perte de la sensibilité profonde et de la proprioception induite par le tabès dorsal. Longtemps considérée comme une curiosité historique depuis l'ère de la pénicilline, elle réapparaît aujourd'hui avec la résurgence mondiale de la syphilis, et doit être évoquée devant toute destruction articulaire majeure et étonnamment peu douloureuse. Cette dissociation radio-clinique explique le retard diagnostique habituel. Le diagnostic repose sur la convergence d'arguments cliniques (triade de Charcot, signe d'Argyll Robertson), radiologiques et sérologiques, après élimination des autres causes d'arthropathie neurogène. Longtemps considérée comme une contre-indication à la prothèse totale de genou en raison du risque de laxité et de descellement, cette arthropathie peut aujourd'hui bénéficier d'une prothèse à charnière rotatoire associée à une reconstruction osseuse adaptée au capital osseux (autogreffe, allogreffe ou cales métalliques). Cette stratégie est illustrée par notre expérience monocentrique portant sur 5 cas (2009-2020), avec une amélioration fonctionnelle nette (score IKS-Fonction : 33 à 80 points) et une stabilité articulaire restaurée chez l'ensemble des patients, au prix d'une surveillance prolongée en raison du risque infectieux et mécanique propre à ce terrain. Au total, l'arthropathie tabétique du genou doit être évoquée devant toute destruction articulaire massive et indolore ; sa reconnaissance précoce et une prise en charge prothétique adaptée permettent un bénéfice fonctionnel durable.