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Les e-mémoires de l'Académie Nationale de Chirurgie

Jacques Mathieu Delpech (1777-1832) : pionnier de l’orthopédie, inventeur de l’orthomorphie à l’École de médecine de Montpellier.

Yves CATONNE

Séance du mercredi 18 février 2026 (Napoléon et les chirurgiens)

N° de DOI : 10.26299/yz26-4c85/emem.2026.08.15

Résumé

Parmi les chirurgiens civils de la période napoléonienne deux noms prédominent : celui du baron Guillaume Dupuytren, et celui, moins connu mais tout aussi valeureux, de Jacques Mathieu Delpech. Enfance et adolescence à Toulouse puis engagement dans les armées de la révolution (1777-1798) Jacques Mathieu Delpech (JMD) nait le 2 octobre 1777 à Toulouse dans un milieu modeste : son père est correcteur d’imprimerie. Dès l’âge de 12 ans, il se fait remarquer par Alexis Larrey (oncle de Dominique Larrey) chirurgien de l’hôpital de la Grave, pour la dextérité qu’il montre dans la pratique de pansements pour son père, qui présente un important ulcère de jambe chronique. Il apprend l’anatomie dès l’âge de 14 ans et l’enseigne. En 1793, il s’engage à 16 ans dans l’Armée des Pyrénées orientales. Aide major, il opère sur les champs de bataille où il se fait remarquer pour quelques actes de bravoure. Il souhaite suivre le général Augereau qui part pour la campagne d’Italie, mais finalement doit y renoncer en raison de la survenue d’une fièvre typhoîde.
Etudes médicales et thèse à Montpellier (1799-1802) JMD Exerce la fonction de chirurgien adjoint à l’hôpital militaire Saint Jacques avant d’interrompre sa carrière militaire et de terminer ses études médicales à l’école de médecine de Montpellier. En 1801, il y soutient sa thèse dans le domaine de la gynéco-obstétrique, intitulée : « de la possibilité et de l’utilité de la symphysectomie » . A Paris pendant 10 ans : auprès d’Alexis Boyer à la maison civile de l’empereur (1803-1812) JMD part à Paris où il exerce à la maison civile de l’empereur sous la protection du baron Alexis Boyer qui devient chirurgien de Napoléon 1er en 1905. Il assiste ce dernier et participe à son enseignement. En 1812, la chaire de médecine opératoire se libérant à Paris, il se présente au concours. Ses principaux adversaires sont Guillaume Dupuytren et Philibert Joseph Roux et il retire sa candidature à la demande d’Alexis Boyer, beau-père de ce dernier. La même année il se présente avec succès à la chaire de clinique chirurgicale de Montpellier. Professeur à Montpellier : brillant chirurgien, novateur en orthopédie médicale et chirurgicale. Mort dramatique à 58 ans (1812-1832)
A Montpellier, JMD accomplit une œuvre importante et la publie dans différents ouvrages. Il est le premier à réaliser une ténotomie d’Achille pour pied bot, à rattacher le mal de Pott à son origine tuberculeuse ; il s’intéresse aux fractures de l’humerus, aux inégalités de longueur des membres inférieurs, aux anévrismes artériels. Passionné par la chirurgie plastique et faciale, il réalise le premier lambeau frontal, réalisé dans certaines rhinoplasties. Le traitement orthopédique conservateur l’attire également et il crée à Montpellier le premier centre orthopédique développant la rééducation et le traitement des scolioses par corset.
Dans son ouvrage « de l’orthomorphie par rapport à l’espèce humaine », publié en 1828, JMD analyse les causes et les traitements des principales malformations. Il manifeste avec raison sa préférence pour le terme d’orthomorphie (redresser les déformations) par rapport à celui d’orthopédie (redresser l’enfant), proposé par Nicolas Andry en 1741 et qui étymologiquement ne s’adresse qu’à l’enfant. JMD meurt prématurément, assassiné en 1835 par un ancien patient, opéré quelques années auparavant d’une varicocèle avec un bon résultat clinique, mais qui reprochait à Delpech d’avoir rendu son mariage impossible. Brillant opérateur, excellent enseignant, JMD est également réputé pour ses dons artistiques, sa générosité (il transférait parfois certains patients à son domicile en post-opératoire pour mieux les surveiller), qualités qui l’opposaient à Dupuytren, son rival de toute une vie.