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Les e-mémoires de l'Académie Nationale de Chirurgie

Est-ce que les chirurgiens auraient pu sauver le maréchal Lannes ?

Franck DUTEILLE

Séance du mercredi 18 février 2026 (Napoléon et les chirurgiens)

N° de DOI : 10.26299/t2pp-c376/emem.2026.08.04

Résumé

Le maréchal Lannes était très proche de l’empereur Napoléon premier.
Il avait participé au 18 brumaire, il était le seul maréchal à le tutoyer et sa mort fut un véritable drame pour l’empereur. Même en exil sur l’ile de Saint Helene il en parlait encore : « Chez Lannes, le courage l’emportait d’abord sur l’esprit ; mais l’esprit montait chaque jour pour se mettre en équilibre; je l’avais pris pygmée, je l’ai perdu géant ».
• La 180e promotion de l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr (1993-1996) a choisi le maréchal Lannes pour parrain.
• Premier maréchal d’empire mort au combat
Né à Lectoure dans le Gers en 1769, il s'engage en 1792 au 2e bataillon des volontaires du Gers. Nommé sous-lieutenant puis en Italie en 1796-1797, époque à laquelle il fait la connaissance du futur Napoléon Ier. Lannes est de toutes les campagnes et de toutes les grandes batailles entre 1792 et 1809.
L’Italie, l’Égypte, l’Autriche, l’Espagne... il est nommé ambassadeur au Portugal de 1802 à 1803 pendant une courte période disgrâce
Il est nommé Maréchal de l’Empire en 1804, s’illustre sur le champ de bataille, remportant la victoire de Montebello le 9 juin 1800 (il sera nommé duc de Montebello en 1808). Réputé pour sa bravoure, Lannes récolte plusieurs blessures à Arcole, à Saint-Jean d’Acre, à Aboukir.
Lors de la bataille d’Essling le 22 mai 1809
La mort de Lannes rappelle celle des tragédies à l’ancienne : au soir d’Essling, parcourant le champ de bataille avec son ami le général Rouzet, Lannes le vit s’abattre à ses pieds, frappé d’un coup de feu. Il s’enfuit, voulant échapper à la vue de ce cadavre. Mais les soldats le transportèrent devant lui, le faisant s’écrier : « Ah, cet affreux spectacle me poursuivra donc toujours ? » Il s’accota à un fossé, se cachant les yeux pour ne plus rien voir, et ce fut là qu’un boulet qui avait ricoché sur le sol lui traversa le genou. Il avait les jambes croisées et les.deux membres inférieurs étaient touchés . Seul le droit saignait abondamment. Opéré par Larrey, Lannes fut transporté, après son amputation (jambe droite) dans la Lobau, à Kaiser-Ebersdof, au 12 de la Mailergasse.Là cinq médecins (Lanfranc, Yvan, Paulet, Larrey et, un peu plus tard, Frank) s’occuperont de lui, sans pouvoir empêcher l’aggravation de son état. C’est là que Napoléon lui rend visite, par deux fois. Il agonisa six jours, appelant, maudissant, dirent certains, l’Empereur qui ne vint que pour recueillir ses dernières paroles, le 31 mai 1809Le 27 mai, la fièvre apparaît. Il meurt le 31 mai, à cinq heures du matin. Il avait 40 ans. A la demande de Napoléon, son corps est embaumé.
L’Empereur écrivit à la maréchale qu’il n’aimait guère, lui disant prendre part à sa peine. La maréchale ne le crut pas et se mura dans le silence.
En fait le Marechal Lannes est mort d’une complication infectieuse de sa plaie sur la jambe non amputée alors qu’elle avait été touchée par les boulets (gangrène gazeuse). Même si cela est hypothétique, il apparait cependant que l’amputation de la jambe controlatérale aurait permis.de sauver le Marechal Lannes. Une amputation bilatérale était cependant sévère car elle compromettait à jamais ses possibilités de monter à cheval et de commander à nouveau l’absence de compréhension du processus infectieux a certainement poussé les chirurgiens de l’époque à ne pas réaliser ce geste lourd, mais salvateur.
Pr F.Duteille Nancy