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Les e-mémoires de l'Académie Nationale de Chirurgie

Réflexions sur la place des mousses et la naissance des vaisseaux-hôpitaux dans la marine napoléonienne

Frédéric DUBRANA

Séance du mercredi 18 février 2026 (Napoléon et les chirurgiens)

N° de DOI : 10.26299/zke9-k423/emem.2026.08.03

Résumé

La marine napoléonienne, héritière de la Royale, s’appuie sur l’École de médecine navale de Brest et sur une organisation encore marquée par les traditions de l’Ancien Régime. Les mousses, jeunes garçons de 11 à 16 ans, embarquaient pour s’amariner et se former à la maistrance. En 1776, on en comptait près de 16 000 sur l’ensemble de la flotte. À bord d’un vaisseau de 74 canons, ils étaient environ 70, affectés à des tâches multiples : nettoyage, manœuvre, port de gargousses et assistance au service médical. Trois d’entre eux aidaient le chirurgien-major, chargé de leur instruction. Les pertes furent terribles : à Aboukir et Trafalgar, près de 2 000 mousses périrent. Leur disparition massive, jointe aux restrictions budgétaires, entraîna leur suppression progressive. Ce vide formatif mena plus tard à la création de l’École des Mousses de Brest en 1829, héritière des réflexions nées sous l’Empire.
Parallèlement, Dominique-Jean Larrey développa dès 1792 le concept d’ambulance mobile, appliqué ensuite à la marine sous la forme d’ambulances navales ou vaisseaux-hôpitaux. Ces unités, destinées à soigner les blessés en mer, accompagnaient les flottes de guerre. Desgenettes organisa ainsi le navire Le Causse, hôpital flottant affecté à la flotte de Brest après la campagne d’Égypte. Précurseur des bâtiments médicaux comme le Navarin (1835) et le Duguay-Trouin (1846), Le Causse illustre la transition entre la médecine embarquée traditionnelle et les premiers navires-hôpitaux modernes, instruments essentiels d’une médecine militaire en pleine structuration.