Eloge de Patrick Madelenat
Séance du mercredi 04 février 2026 (Communications libres)
N° de DOI : 1026299/0am3-6712/emem.2026.06.01
Résumé
Un an s’est écoulé depuis la disparition du Professeur Patrick Madelenat. Un an, ce n’est rien pour le souvenir, et c’est beaucoup pour mesurer ce qu’un homme a laissé derrière lui.
Patrick Madelenat fut un chirurgien majeur de sa génération, un universitaire précoce et exigeant, un chef de service profondément structurant, mais il fut surtout un homme de transmission. Transmission du savoir, bien sûr. Transmission d’une méthode. Transmission d’une certaine idée de l’hôpital, de l’université, et de la responsabilité que confère l’autorité.
Sa carrière fut à la fois linéaire et fulgurante : interne des Hôpitaux de Paris, agrégé très jeune, chef de service à 35 ans. Il disait volontiers : « Je suis fait pour diriger ». Ce n’était ni vanité ni goût du pouvoir. C’était la conscience aiguë que diriger oblige, et que l’autorité n’a de sens que si elle sert les autres.
Patrick Madelenat appartenait à cette génération pour qui l’hôpital était une institution avant d’être une organisation, et la chirurgie un engagement avant d’être une technique.
Il croyait à la hiérarchie, non comme domination, mais comme structure protectrice.
Il croyait à l’exigence, non comme dureté, mais comme marque de respect.
Il croyait à la liberté intellectuelle, mais toujours adossée à la rigueur.
Chef de service, il n’a jamais fait de son service une simple école de chirurgie.
Il en avait fait une école de vie hospitalière et universitaire.
L’interne y était considéré, protégé, responsabilisé.
On y apprenait à opérer, certes, mais surtout à penser, à organiser, à juger, à douter.
Il avait le culte du travail, de la préparation, de la lecture.
Il arrivait au staff avec des piles d’articles.
Il corrigeait nos manuscrits avec une rigueur de son typo noir presque maniaque.
Tout était noté, archivé, pensé.
Chez lui, rien n’était laissé au hasard — parce que le hasard n’a pas sa place lorsqu’on décide pour les autres.
Patrick Madelenat était aussi un homme de paradoxes féconds :
à la fois solitaire et profondément collectif,
réservé et chaleureux,
classique dans ses références et libre dans son esprit.
Il avait une culture vaste, une curiosité intacte, un amour du sport, du dépassement de soi, du corps en mouvement.
Il disait « oui » à la vie, avec intensité, parfois avec rudesse, toujours avec sincérité.
Il fut un maître au sens plein du terme.
Pas un modèle à imiter, mais une référence intérieure, celle qui continue d’agir quand le maître n’est plus là.
Il a formé des générations de chirurgiens gynécologues, urologues, digestifs, qui, aujourd’hui encore, se reconnaissent dans une manière d’exercer, de diriger, de transmettre.
Sur le plan personnel, Patrick Madelenat a compté de manière décisive dans mon parcours.
Il m’a appris la rigueur, la liberté, la loyauté institutionnelle.
Il m’a appris que la transmission ne se proclame pas : elle se pratique.
Son souvenir, pour moi, est entier. Il n’a rien perdu de sa force ni de sa cohérence.
J’ai connu avec lui des désaccords, des distances, puis des retrouvailles.
Ce qui frappait alors était son absence totale de ressentiment.
Il avait cette capacité rare à ne juger que le présent, et à reconnaître la valeur d’un engagement sans se soucier des épisodes passés.
La maladie l’a frappé brutalement.
Il l’a affrontée avec lucidité et dignité, sans plainte, sans mise en scène.
Il est parti en pensant peut-être qu’il quitterait ce monde discrètement.
L’hommage qui lui a été rendu, par ses élèves, ses collègues, ses proches, a montré combien il s’était trompé.
Un an après, ce que nous honorons aujourd’hui, ce n’est pas seulement une carrière remarquable.
C’est une manière d’être chirurgien,
une manière d’être universitaire,
et une manière d’être responsable des autres.
Patrick Madelenat nous laisse un héritage exigeant :
celui de l’humilité sans renoncement,
de l’humanité sans faiblesse,
du travail sans compromis,
et du respect profond des institutions qui nous dépassent.
Pour ma part, il reste une référence intérieure, silencieuse mais constante, qui continue d’éclairer certaines décisions.
En rendant hommage aujourd’hui au Professeur Patrick Madelenat, je souhaite avant tout saluer un homme de devoir, de transmission et d’institution, et dire combien son influence demeure vivante.
Je vous remercie.
Patrick Madelenat fut un chirurgien majeur de sa génération, un universitaire précoce et exigeant, un chef de service profondément structurant, mais il fut surtout un homme de transmission. Transmission du savoir, bien sûr. Transmission d’une méthode. Transmission d’une certaine idée de l’hôpital, de l’université, et de la responsabilité que confère l’autorité.
Sa carrière fut à la fois linéaire et fulgurante : interne des Hôpitaux de Paris, agrégé très jeune, chef de service à 35 ans. Il disait volontiers : « Je suis fait pour diriger ». Ce n’était ni vanité ni goût du pouvoir. C’était la conscience aiguë que diriger oblige, et que l’autorité n’a de sens que si elle sert les autres.
Patrick Madelenat appartenait à cette génération pour qui l’hôpital était une institution avant d’être une organisation, et la chirurgie un engagement avant d’être une technique.
Il croyait à la hiérarchie, non comme domination, mais comme structure protectrice.
Il croyait à l’exigence, non comme dureté, mais comme marque de respect.
Il croyait à la liberté intellectuelle, mais toujours adossée à la rigueur.
Chef de service, il n’a jamais fait de son service une simple école de chirurgie.
Il en avait fait une école de vie hospitalière et universitaire.
L’interne y était considéré, protégé, responsabilisé.
On y apprenait à opérer, certes, mais surtout à penser, à organiser, à juger, à douter.
Il avait le culte du travail, de la préparation, de la lecture.
Il arrivait au staff avec des piles d’articles.
Il corrigeait nos manuscrits avec une rigueur de son typo noir presque maniaque.
Tout était noté, archivé, pensé.
Chez lui, rien n’était laissé au hasard — parce que le hasard n’a pas sa place lorsqu’on décide pour les autres.
Patrick Madelenat était aussi un homme de paradoxes féconds :
à la fois solitaire et profondément collectif,
réservé et chaleureux,
classique dans ses références et libre dans son esprit.
Il avait une culture vaste, une curiosité intacte, un amour du sport, du dépassement de soi, du corps en mouvement.
Il disait « oui » à la vie, avec intensité, parfois avec rudesse, toujours avec sincérité.
Il fut un maître au sens plein du terme.
Pas un modèle à imiter, mais une référence intérieure, celle qui continue d’agir quand le maître n’est plus là.
Il a formé des générations de chirurgiens gynécologues, urologues, digestifs, qui, aujourd’hui encore, se reconnaissent dans une manière d’exercer, de diriger, de transmettre.
Sur le plan personnel, Patrick Madelenat a compté de manière décisive dans mon parcours.
Il m’a appris la rigueur, la liberté, la loyauté institutionnelle.
Il m’a appris que la transmission ne se proclame pas : elle se pratique.
Son souvenir, pour moi, est entier. Il n’a rien perdu de sa force ni de sa cohérence.
J’ai connu avec lui des désaccords, des distances, puis des retrouvailles.
Ce qui frappait alors était son absence totale de ressentiment.
Il avait cette capacité rare à ne juger que le présent, et à reconnaître la valeur d’un engagement sans se soucier des épisodes passés.
La maladie l’a frappé brutalement.
Il l’a affrontée avec lucidité et dignité, sans plainte, sans mise en scène.
Il est parti en pensant peut-être qu’il quitterait ce monde discrètement.
L’hommage qui lui a été rendu, par ses élèves, ses collègues, ses proches, a montré combien il s’était trompé.
Un an après, ce que nous honorons aujourd’hui, ce n’est pas seulement une carrière remarquable.
C’est une manière d’être chirurgien,
une manière d’être universitaire,
et une manière d’être responsable des autres.
Patrick Madelenat nous laisse un héritage exigeant :
celui de l’humilité sans renoncement,
de l’humanité sans faiblesse,
du travail sans compromis,
et du respect profond des institutions qui nous dépassent.
Pour ma part, il reste une référence intérieure, silencieuse mais constante, qui continue d’éclairer certaines décisions.
En rendant hommage aujourd’hui au Professeur Patrick Madelenat, je souhaite avant tout saluer un homme de devoir, de transmission et d’institution, et dire combien son influence demeure vivante.
Je vous remercie.


