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The e-mémoires of the Académie Nationale de Chirurgie

La résection du poignet vue par Clémot, chirurgien de la marine sous le Premier Empire.

Philippe LIVERNEAUX

Seance of wednesday 18 february 2026 (Napoléon et les chirurgiens)

DOI number : 10.26299/ajmk-p865/emem.2026.08.06

Abstract

C’est en 1673 qu’a été couché sur le papier d’un décret royal la création de l’hôpital de la marine de Rochefort sur mer, et en 1689 par ordonnance de Louis XIV son école de chirurgie navale. Depuis son ouverture et jusqu’à sa fermeture en 1964, l’école de chirurgie navale de Rochefort sur mer a formé 6572 chirurgiens navigants dits « entretenus ». Parmi le corps enseignant de cette prestigieuse école, on retiendra le nom de Jean Baptiste Joachim Clémot, professeur d’anatomie peu loquace mais chirurgien habile et bouillonnant d’idées, qui fut à l’origine de nombreuses techniques chirurgicales aujourd’hui oubliées. Parmi celles-ci, la résection du poignet fut entre ses mains l’un des premiers succès de cette chirurgie difficile.
Nous avons eu accès, à l’ancienne école de médecine navale de Rochefort sur mer devenue un musée, à l’original manuscrit de l’observation rédigée en 1806 par Clémot dans laquelle est décrite la résection du poignet. Nous avons retrouvé dans le même musée la pièce de résection opératoire qui avait été conservée. Le texte de l’observation a été étudié et la pièce anatomique radiographiée.
L’observation rapporte qu’un certain Jean Praudau, mousse à bord du vaisseau de sa majesté royale le Lion, âgé de 14 ans, fut apporté à Clémot à l’hôpital de la marine de Rochefort sur mer en 1806 avec une fracture ouverte du poignet. L’extrémité inférieure des 2 os de l’avant-bras faisait saillie à la face antérieure du poignet. Clémot, après un échec de réduction orthopédique sous des incisions étendues, refusant de se résoudre à l’amputation de la main, tenta et réussi la résection de l’extrémité distale des 2 os. L’enfant fut allongé sur un lit et immobilisé par 2 aides. Sans aucune anesthésie, Clémot pratiqua à l’aide d’une scie ordinaire la résection des 2 os, puis réduisit la déformation. Les suites postopératoires ont comporté une diète de 15 jours, une attelle, des cataplasmes réguliers. L’évolution fut marquée d’un sepsis local repris chirurgicalement au quarantième jour par incisions répétées, puis par l’excision d’un séquestre osseux ulnaire au quatrième mois. La cicatrisation fut enfin obtenue et après des bains de vapeur émollients et de la rééducation, le résultat final fut jugé bon par Clémot. Toutefois, Ollier, dans son traité des résection paru des années après, attribua faussement cette intervention à St Hilaire, un concurrent de Clémot, en précisant que cette observation alors célèbre dans toute l’Europe était reconnue à tort comme une résection articulaire.
Malgré l’absence d’anesthésie, de radiographie, d’ostéosynthèse et d’asepsie, Clémot fut l’un des premiers chirurgiens à pratiquer la résection articulaire du poignet avec succès, à une époque où Dominique Larrey était célèbre pour ses amputations sur le champ de bataille. Il eut le mérite de décrire avec précision la technique opératoire.

Philippe Liverneaux, professeur des universités, praticien hospitalier, MD, PhD
1 Department of Hand Surgery, Strasbourg University Hospitals, FMTS, 1 avenue Molière, 67200 Strasbourg, France
2 ICube CNRS UMR7357, Strasbourg University, 2-4 rue Boussingault, 67000 Strasbourg, France